La Sentinelle du Rhône
1000 ans d'Histoire au Château de Boulbon

Le Château de Boulbon n'a rien d'un palais de conte de fées. C'est une authentique forteresse frontalière, taillée à même la falaise de calcaire du massif de la Montagnette.
Autour de l'an 1000, le Rhône n'était pas un simple fleuve, mais une ligne de faille géopolitique âprement disputée entre le Royaume de France et le Comté de Provence. Pour en surveiller les passages, un castrum primitif fut érigé dès 1003.
Pendant des siècles, l'impressionnant donjon roman central, ancré à même le rocher, a joué le rôle de « sentinelle du fleuve ». Sa position au sommet d'un à-pic vertigineux le rendait inexpugnable. Les maîtres d'ouvrage du Moyen Âge concevaient ici une défense fondée sur la topographie : la pierre native devenait elle-même le principal rempart.
Une vigie intemporelle, protégeant âprement les marches de son comté.
Au XVe siècle, la rudesse purement défensive du château s'efface pour laisser place à la volonté de prestige. C'est le début d'une ère fastueuse sous l'égide de la Maison d’Anjou.
Prince érudit, Duc d'Anjou, Comte de Provence et souverain de Naples, "Le Bon Roi René" se porte acquéreur du domaine en 1457 et fait de la Provence le centre de son univers après ses revers italiens.
Il métamorphose l'austérité de Boulbon en y insufflant l'esprit naissant de la Renaissance. La courtine sud se pare de spectaculaires mâchicoulis trilobés, d'élégantes crénelures sculptées s'inspirant du majestueux château royal de Tarascon. L'édifice militaire s'assouplit et devient un logis. Le Roi rassemble dans ces murs des peintres, des faiseurs de jardins, et installe le faste de cour en Provence.
C'est dans cette effervescence spirituelle et artistique que sera hébergé le très célèbre Retable de Boulbon, un chef-d'œuvre de l'art primitif français aujourd'hui honoré au musée du Louvre.
Tout grand fleuve charrie ses monstres. L'imaginaire local a longtemps fait des eaux bouillonnantes aux pieds de Boulbon le territoire d'une figure mythique terrifiante : la Coulobre. Mi-dragon, mi-serpent ailé, la bête personnifiait le danger effroyable des flots de ce pan du Rhône et de ses gouffres indomptés.
Face à ces menaces obscures, le besoin de lumière a donné naissance à d'insistantes ferveurs populaires.
C'est ainsi qu'a vu le jour, dans la magnifique chapelle de pèlerinage de Saint-Marcellin (XIIe siècle), un rituel unique au monde qui survit encore avec ferveur : La Procession des bouteilles, ou Saint-Vinage.
Chaque 1er juin au crépuscule, uniquement entre hommes, les habitants font bénir une bouteille de leur vin pour conjurer les redoutables fièvres paludéennes qui ravageaient autrefois ces plaines asséchées par les religieux de Montmajour. Un vestige inestimable où piété chrétienne et anciennes traditions liées à la terre fusionnent dans le vin de roche.
L'incroyable bastion de défense se brisera dans le tumulte du canon militaire lors de la grande instabilité du XVIIe siècle.
Lors du conflit ravageur de la Fronde (1647), opposant garnisons nobles et forces royalistes, le puissant donjon roman subit les assauts successifs de l'artillerie bourgeoise pour laquelle aucune hauteur n'est désormais inaccessible, détruisant définitivement son invincibilité militaire. Le logis est meurtri, la forteresse déclassée.
Pourtant, alors que l'ère militaire pure s'achève, une respiration inattendue vient parer la rudesse des ruines.
En 1674, Julie de Forbin de la Roque devient propriétaire de Boulbon. Loin des préoccupations guerrières, elle nourrit l'ambition de métamorphoser le vieux castrum en une luxueuse demeure de plaisance.
Sous son impulsion, la roche se laisse enfin apprivoiser. Elle fait percer la toute première voie carrossable pour permettre aux équipages d'accéder au château. Le flanc austère de la colline s'habille de deux vastes terrasses superposées. Véritable prouesse architecturale, ces jardins d'agrément inédits sont dotés de fontaines monumentales, elles-mêmes alimentées par le percement d'un ingénieux aqueduc.
Une parenthèse d'insouciance et d'élégance au cœur du Grand Siècle, où le murmure de l'eau claire remplaça, un temps, le fracas des armes.
Le XIXe siècle dote Boulbon de sa figure la plus flamboyante, celle de son dernier représentant historique : le comte Gaston de Raousset-Boulbon.
Homme de la noblesse française animé de l'âme d'un chevalier d'un temps révolu, Gaston quitte son pays pour chercher fortune, honneur et gloire en Californie. Ses aspirations folles le mènent au Mexique, où un projet insensé germe dans son esprit de pionnier.
Afin d'y fonder ni plus ni moins qu'une république coloniale indépendante, il lève une armée impressionnante de mercenaires européens. Cet extraordinaire "corsaire continental" parvient à prendre d'assaut la ville d'Hermosillo aux commandes de ses soldats lors d'un incroyable exploit militaire en 1852.
Mais le mirage s'écroulera. Livré à l'armée mexicaine, Gaston s'effondrera fusillé le 12 août 1854, écrivant la dernière ligne héroïque de cette illustre dynastie de l'autre côté de l'Atlantique.
Abandonné petit-à-petit par la haute aristocratie, le roc impérial devient un colosse endormi.
Et alors qu'on le croyait irrémédiablement perdu, le XXIe siècle voit s'ouvrir un exceptionnel programme de réconciliation. Dirigée d'une main de fer par Dominique de Lavergne, la restauration n'occulte jamais l'âge : l'objectif n'est pas de rebâtir le trompeur, mais de stabiliser l'authentique.
Architecte, maçon, seul face à l'immensité de la tâche, Dominique de Lavergne a tout accompli lui-même. C'est à la seule force de ses mains qu'il a consolidé le colossal rempart nord du 13e siècle et dégagé les fondations labyrinthiques du donjon face aux morsures des éléments.
La sentinelle est debout, et observe le Rhône en silence.
LES MYSTÈRES DU CHÂTEAU
Sous le rempart du XVe siècle, quelques volées de pierres laissaient deviner une porte. En creusant légèrement, la roche taillée est apparue. Un travail gigantesque : un trou de 2,5m de diamètre, creusé à même la roche. Aucune trace d'enduit, ce qui écarte l'idée d'une citerne.
Serait-ce un puits ? Un souterrain pour s'enfuir ? Aujourd'hui, nous avons creusé jusqu'à 17 mètres de profondeur... et l'air commence à se raréfier. Il nous faut de nouveaux équipements pour continuer d'explorer les mystères du château.
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